Ateliers « Corps d’été » – Juillet 2018

Une conscience et un corps : nudité et performance en juillet

Pour les oisifs.ves de ce début d’été, les acharnés.ées en manque d’occupation le week-end et les curieux.ses d’eux/d’elles-mêmes toute l’année, Scène Vivante propose une série d’ateliers orientés vers le corps et son exhibition, dans la vie comme en scène, les samedis et dimanches du mois de juillet.

Cette série d’ateliers compose un programme allant de l’initiation à une pratique élaborée du corps et de la pensée comme outils et acteurs de la performance. Les thèmes des séances sont à prendre comme des premières marches ou des tremplins vers une recherche personnelle, guidée tout au long des sessions.

Les samedis seront plus spécifiquement consacrés aux corps nus et se dérouleront à Paris (localisation). Les dimanches seront dédiés à la performance, ce qui n’exclut évidemment pas la nudité et auront lieu à Montreuil (localisation).

Les ateliers sont indépendants les uns des autres en termes de participation, mais connectés au travers des thèmes qu’ils abordent. Chaque séance dure 4h, de 14h à 18h. Le prix unitaire d’une séance est de 40€.

Les participants.tes aux ateliers durant l’année en cours ayant acquis une carte de 10 séances peuvent l’utiliser pour bénéficier de ces ateliers.

Agenda des ateliers « Corps d’été » de juillet


Samedi 7           : Être nu.e (appréhender sa nudité en public / initiation)


Dimanche 8      : Un propos dans un corps (premières étapes d’une performance)


Samedi 14         : Jeux de corps nus (élaboration de nus collectifs / initiation)


Dimanche 15    : La performance vécue (afficher/cacher les sentiments qui animent les corps )


Samedi 21        : Nudité et accessoires (mettre en relief le corps nu par l’accessoire de scène)


Dimanche 22   : La pensée sexuelle (mettre en scène les pulsions)


Samedi 28       : Exhibition (laisser aller son impudeur)


Dimanche 29  : Le mouvement contraire (savoir contrarier son penchant pour montrer autre chose)


Acheter des séances

Pour toute pré-inscription ou à la suite d’un achat, il est nécessaire d’écrire à [email protected] pour préciser les séances auxquelles vous souhaitez participer. Pour davantage d’informations, merci de formuler vos questions par email à cette même adresse.

Scène Vivante se réserve le droit éventuel d’annuler certaines séances, entraînant naturellement un remboursement immédiat des places pré-achetées.

A la veille des vacances d’été, nombreux sont les corps qui se préparent à s’exhiber. L’idée semble être d’en laisser voir le plus possible dans les limites de ce qui est toléré, de ce qui est assumé, voire revendiqué. Quitte à se réduire à un mouchoir de poche, un petit morceau d’étoffe dont le maintien en place tient parfois à un fil, suffit à habiller l’honnête intégrité de la personne. Du moins dans notre culture. Pour d’autres et en l’occurence en ce qui concerne les femmes, c’est l’inverse. Il s’agit alors d’être entièrement recouvertes. Cela fait-il pour autant tant de différence dès lors que le véritable sujet reste dans tous les cas fondamentalement masqué ?

Voisins de plage (à 1 minute : « l’Origine du modèle social ») – Carnac 2014

Ici ou ailleurs, la nudité – et il faut évidemment entendre la seule qui concentre toutes les autres, celle des parties dites « intimes » – pose encore et toujours question. Une question qui chapeaute toutes les questions dont débattent les sociétés. On ne s’en débarrasse ni par la fermeture intellectuelle, ni par l’apparente désinvolture d’une sexualité épanouie ou d’un corps libre. Cela ne suffit pas hors de son milieu de référence, car le monde existe tout autour, aux frontières des plages naturistes où il s’avère que l’autre est justement autre.

La question du corps ; des beaux, des laids, selon la norme, l’appréciation personnelle ou le rapport au sien propre. La question des complexes, des désirs et des rejets qui en découlent. La question des clichés sur l’esthétique de l’amour aussi. Tout, aux yeux du primate humain est affaire de contexte. L’enjeu est la proportion de dilatation de la fameuse sphère intime vis à vis des espaces publics.

A l’échelle des sociétés l’histoire paraît régresser dans les mêmes proportions qu’elle avance. En ôtant ses vêtements en s’exhibant, on se dévoile plus politique qu’on ne le croit. Plus politique que n’importe quel discours.

La ou plutôt les nudités, qu’elles se veuillent pudiques, naturelles, sexuelles ou obscènes représentent un indicateur de sa propre vision de la vie sociale, des rôles et des genres. C’est imparable et ça se vérifie aisément en échangeant quelques phrases de discussion avec n’importe qui. La prise de parole nu.e débat toujours implicitement de la tolérance et des limites, car la posture nue nous lie, qu’on le veuille ou non, de près ou de loin, au « risque de la pornographie » dans l’espace public, mais aussi à la destruction de l’intime comme espace de protection privé et rêvé.

Derrière ce concept de « pornographie » sorti récemment de son placard, vaguement banalisé, se cache la question encore plus violente de l’excitation. Redoutée, attendue selon les circonstances. Notre part animale nous pose toujours plus de problèmes intimes, sociaux, voire civilisationnels (cf. gestion par les religions de l’interdit social. Avec un tel allié, la loi se couche et lui délègue le sujet.)

La scène nous apprend que la nudité peut être un élément de langage. Que le style de ses représentations compte effectivement et influence non seulement nos instincts mais aussi la pensée à son niveau le plus évolué.

Nudité des hommes, nudité des femmes. Ouvrage infini à écrire un jour. Réflexion sur cet interdit que nous connaissons par cœur. Reste que l’on est en droit de se poser encore la question de nos jours : Que recèle-t-il de si dangereux pour être encore en vigueur ? Pourquoi le corps caché demeure-t-il le seul socialement acceptable dans le discours le plus normé ? Pourquoi le sexe véritable s’absente-t-il de l’espace public pour ne réapparaitre parfois que sous les traits de la menace du viol ou de l’exploitation mercantile ?

Éternel prétexte instrumentalisé et argument de réponse récurent : l’enfant que l’on « protège » et qui jamais ne doit voir… ce qu’il va devenir. Cela reste néanmoins une réponse un peu courte au regard de ce que charrie la question.

Nous connaissons au moins les tenants, si ce n’est les aboutissants, et nous nous enferrons dans notre refus à considérer comme acquis ce qui fait de nous des êtres profondément paradoxaux et irrationnels. C’est pourtant là notre logique de fond. C’est là que l’art de la performance, débarrassé des surplus narratifs, a quelque chose à dire et à montrer du piège de la soi-disant cohérence dans lequel notre nature première, incapable de frayer avec notre récente conscience, s’est hâtivement fourvoyée pour parer au plus pressé depuis quelques milliers d’années. Il fallait se hâter « d’évoluer » socialement avant que l’animal n’ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait.

Miroir des peuples, la nudité est aussi pour nous l’apparence du sauvage et de l’indigent, parfois le symbole même de la misère qui l’accompagne. Ce rappel au « manque de tout » propre au nourrisson que nous avons été, a évidemment de quoi faire frémir. Malheur à celle ou celui qui n’a pas su habilement travestir ce dénuement profond en séduction d’apparat.

Toutes ces questions éminemment liées à la représentation, le bourgeois théâtre n’a pas su les aborder et la danse en a fait souvent une esthétique soigneusement châtrée du véritable désir qu’inspirent nos chairs dévoilées. Le cinéma et la télévision, pour leur part, ne racontent en majorité que des histoires. Certes le cinéma documentaro-fictionnel qu’est le porno, la photographie et les témoignage d’un Internet florissant nous informent, mais la performance va-t-elle réellement ailleurs et serait-elle apte à nous emmener au-delà ?

Libertin, libertaire, libéral… libre…  du nom du tissu végétal où circule la sève des arbres ? Seuls les individus peuvent utiliser leur corps, soit, mais pour dire quoi ? La question n’est pas de savoir si l’on a envie ou pas de se promener nu.e dans la rue, mais bien de comprendre à travers soi-même, pourquoi et comment cet interdit répond à une autocensure si forte. Sur ce thème en particulier, nous devançons la loi. Dans la pratique de l’exhibition sur Internet, il est fréquent qu’un cadre resserré sur les parties génitales accompagne de fait, l’établissement de l’anonymat. Mais finalement, que protège-t-il ? En excluant le visage, le gros plan sur le sexe met hors-champ l’expression. Comme dans nombre de situations, c’est souvent une personnalité que l’on a soif de dissimuler, bien plus qu’une identité qui reste un matricule formel.

Les exhibitionnistes du Web à visage découvert désireraient-ils/elles être reconnus.ues pour ce qu’ils/elles sont ? Sont-ils/elles réellement libres de l’opinion d’autrui ? N’envisagent-ils/elles pas la possibilité d’être identifié/es par des proches malveillants au hasard du surf sur la Toile ? Cette pornographie vivante et la nudité qu’elle implique, à 2 pas du réel tangible de notre quotidien, peut-elle être considérée comme une révolution en marche quand par ailleurs, par exemple dans un quartier de New-York il y a un moins d’un an, la municipalité s’était empressée de faire effacer la représentation géante d’un pénis sur un mur aveugle, à la demande des habitants ? Même histoire à Stockholm. Bruxelles quant à elle, arbore plusieurs fresques à sujets sexuels, notamment une vulve et un anus encore aujourd’hui sujets à débat.

L’art, même mis en cause, ne vient-il pas là à nouveau apporter une caution propre à dévaloriser le réel ? Et si l’on veut réellement se pencher sur le « vrai » de notre nature, de nos natures, d’hommes, de femmes et d’x genres à leur suite… ne faudrait-il pas conserver l’art comme un outil propre à justement ne pas en faire ? L’art, dans une époque où la réplication efface peu à peu la notion d’original, ne vaut peut-être plus grand chose en tant que lui-même, mais conserve une efficacité en tant que moyen de rendre visible ce que nous ne parvenons pas à nous figurer par les moyens de la pensée ordinaire. C’est donc « l’œuvre d’art » qui progressivement disparait pour advenir partout, sous des formes parfois non identifiables. Un geste, un sentiment, une humeur… tout est dans l’affirmation de les montrer. Rien de nouveau, me direz-vous, depuis Fluxus ou Robert Filliou et son art « rendant la vie plus intéressante que l’art ». En effet, si ce n’est qu’il serait temps de ne plus parler d’art du tout, de simplement montrer ce que l’on souhaite, sans le caractériser par quelque encadré que ce soit prétendant informer sur ce que l’on imagine faire ou être.

Contrairement aux mœurs actuelles qui par souci identitaire, auraient tendance a tout différencier pour mieux se faire comprendre, je souhaite favoriser des formes d’existence qu’aucune explication ne distingue, des pratiques aussi particulières qu’elles ne sont que des variantes des mêmes nécessités, des identités que seule leur présence rend réelles. Art est devenu un terme pour dire encore « moi je » dans un monde où il est un fait que la frustration de ne pouvoir « être » aux yeux des autres n’a plus cours. Je, pour quiconque veut simplement dire aux autres son existence sur un réseau social, peut amplement suffire. Nul besoin de la notion d’art. Quant au Je qui choisit de montrer, il se passe de se définir.

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L’unique question qui ne revêt aucun sens est « Qui suis-je ? » (lien externe vers meandres.davidnoir.net)

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