Rien à offrir

L’humain n’est vrai qu’à travers le mensonge de ce qu’il joue, superbe bluff de la vie de ses personnages.

Rien à offrir, que du mensonge sur mesure

1. Moi mon nom à moi, c’est Bonnie… Menteur

L’histoire que je vais vous raconter bla bla bla … est triste. J’en connais des plus tristes, des moins tristes, des dramatiques. Celle-ci est juste triste. Soit vous vous en foutrez, soit vous voudrez sans doute comprendre cette histoire, parce que la plupart des gens veulent comprendre et pouvoir suivre le déroulement des histoires. Moi, les histoires, je les hais. Au mieux, elles m’indiffèrent.

Je n’aime que les caractères, les personnages ; je ne veux pas savoir les détails de ce qui leur arrive ; juste regarder comme ils sont beaux parfois, quand je les trouve tels. J’aime mieux les mythes et exclusivement leurs âmes au détriment de ce qui leur arrive. Et inlassablement il leur arrive la même chose – il nous arrive la même chose ; c’est ça qui fait la force de leurs supposées histoires ; il n’est plus besoin de les raconter. Elles s’effacent au profit d’un personnage, d’une destinée. Peu importe pourquoi il en est arrivé là ; c’est ainsi ; il n’y a pas d’autre possibilité.

Alors pour en revenir aux détails qui font l’histoire triste que je veux, non pas conter, quel vilain mot bon pour La Cartoucherie, mais portraiturer ici, je vais vous en donner les détails en guise d’éternel prologue pour ne plus y revenir. Ce sera fait ainsi et vous n’aurez qu’à vous y référer, qu’à vous en souvenir si cela vous intéresse encore au cours des pages qui, fatalement, ne suivront pas. Autant vous dire que je n’aime ni être tenu en haleine par l’intrigue d’un roman bien ficelé, ni part l’art du scénario en pur granit.

C’est pourquoi j’ai de la sympathie pour les jeux vidéo où l’on s’égare ; un art étonnant qui souvent prend le relais de la poésie et de l’art réellement abstrait qui se fait attendre pour ouvrir les fenêtres de ceux qui étouffent dans les romans et le cinéma des faibles auteurs.

2. Du vrai mensonge ; pas de fausses histoires

Le théâtre ça servait un peu à ça, mais il a fait plus que son temps. Peut-être juste une façon de présenter les choses. J’arrête cette digression. Celle-là seulement ; parce que des digressions, vous en aurez ; vous n’aurez même que ça. Si vous n’en voulez pas il faut aller ailleurs. Mais là, pour ce prologue, pour donner un petit fil à ceux et celles à qui ça fait plaisir, je vais me discipliner juste une fois malgré le dégoût que j’en ai. Après ça, haro sur le bel art et les habiles rebondissements que l’on prend parfois pour du talent. Les plus malins sont des poètes déguisés en techniciens ; Hitchcock par exemple. J’en ai vraiment rien à foutre de son art du scénario, mais c’est un poète, malgré lui ; malgré sa soif de plaire ; alors on peut rêver par-dessus l’emballage.

Mais bon, on en reparlera de tout ce qui pue l’école et des artistes du commerce et des indigents poètes qui aimeraient bien être des commerçants. Enfin, on en reparlera, mais pas moi, je n’ai pas de temps pour ça – de ceux-là et de tous les autres. Mais ne croyez pas que j’ai choisi d’être un ermite. Ce que j’ambitionne aujourd’hui, c’est d’être un étranger.

L’art de l’artiste me semble être la chose la moins intéressante du moment – il n’est jamais aussi surprenant que l’art du hasard – aux rares exceptions près de certains qui savent courtoisement l’inviter entre leurs murs rigides de créations arides. Merci Kubrick. Mais on les compte sur un doigt.

Mensonge de personnage endormi © David Noir 2011 d'après photo © Philippe Savoir 2005 (Répétition de "Cabaret Carton" de Sophie Renauld)
Mensonge de personnage endormi © David Noir 2011 d’après photo © Philippe Savoir 2005 (Répétition de « Cabaret Carton » de Sophie Renauld)

3. Quelles plaies les créateurs …

Contrairement à beaucoup d’autres, mon art à moi, est de la merde au vrai sens du terme – non morale, non adulte, non dépréciatif ; juste une expulsion du surplus nécessaire…
Du coup, j’aime souvent les gens haïssables ; qui ont l’intelligence et le savoir-faire pour manipuler le monde, pour ne pas en être les dupes – ils ont choisis leurs camps – je ne parle pas ici des imbéciles du pouvoir, mais des joueurs ; des petits et des grands.

Finir en auteur serait l’échec le plus cuisant pour moi ; moi qui voudrait n’être qu’un corps. Je fantasme mon être intérieur à longueur de temps et c’est ce que je peux faire de mieux.

Ecrire ne me sert plus depuis longtemps. C’est juste une fonction naturelle. Une défécation obligée de l’âme. En chiant ma prose, je regarde les passants à travers ma lunette.

Tiens, voilà un de ces mecs sans exigence ; un de ceux qui trahissent le monde enfantin.

Sûrement qu’il va justement faire des enfants à défaut d’en avoir conservé quelque chose. Mais, non, il a tout vendu à bas prix dans la première moitié de sa vie. « Comment, pas d’enfant ? Tu veux la fin de l’humanité alors ! »

Quand on voit ta gueule, on ne peut que souhaiter la fin de l’humanité. Le sens, tes sens, ton sens unique me fait horreur.

Eh eh, ils aiment ça la hiérarchie ; ils appellent ça le choix, avoir le choix, choisir ; « je te préfère à quiconque » ; des plus et des moins ; c’est leur vision de la vie à ces petits commerçants. Moi je ne sais pas ; j’ai surtout connu la trahison de mes valeurs à longueur de journée ; le mensonge et le dénigrement comme mode de fonctionnement. « Z ‘auriez pas une cigarette ; j’ vais mourir vous comprenez ; alors c’est un peu urgent ». Main tendue et puis couteau dans le dos, pourquoi pas ? Alors on se retourne vers la culture, le roman ; toujours plus con ; toujours plus débile ; avec le mot choisi ; bien choisi, comme à l’école de la littérature ; celle du mot juste. L’adjectif adéquat ; le beau verbe, les cons ; ils aiment ça ; ils ont l’impression qu’on a fait des efforts, les cons. C’est méritoire.

Et puis ceux qui font profession de penser, d’aimer ou de haïr ; d’avoir des goûts ; d’exister. Ils ont sûrement la conviction d’avoir un avis ; moi je n’en ai pas ; juste des réactions sans fondement autre que mon émotivité. J’aimerais bien faire une œuvre de ce fatras d’humeurs car c’en est une en soi ; par nature. Rien à prouver ; rien à atteindre. Pas d’histoire d’amour ; surtout pas ; au mieux la réparation ; le bricolage pour que ça tienne. Le neuf c’est toujours de l’arnaque ; tout est destiné à se dégrader ; c’est comme ça ; à peine c’est sorti du beau sac du beau magasin.

4. Et maintenant, une page de publicité :

A force de secrets, le viol de l’intime est porté en place publique. Avoir des parents depuis tout petit accentue forcément la propension spontanée à se faire enculer. Ils mentent, toujours ; tout au long de leur vie, ils mentiront. Parce qu’ils n’auront de cesse d’envier la jeunesse dés lors qu’ils comprendront que la leur est envolée. Les jeunes aussi envie la jeunesse ; ça se voit moins forcément ; ils la désirent entre eux. C’est le seul bien de valeur. Tout ce qu’on racontera après est un vrai beau mensonge destiné à justifier que notre vie ne dure que la moitié d’elle-même.

Arnaque, arnaque ; mensonge brûlant ; la vigueur du corps, et de loin, domine toute la sagesse des vieux.

Sagesse, bon sens, invention des pauvres, des miséreux qui ont perdu la vie mais se refusent à l’admettre. Il n’y a rien à faire dans la vie que d’attraper la queue du Mickey au bon moment et vivre sur ses acquis. Sinon c’est une autre histoire ; celle de la mort. Elle est un peu plus intéressante que les autres, mais aussi moins dorée à nos yeux embués à la sauce Walt Disney. Pourtant, il me semble bien que la majorité d’entre nous a choisi plutôt la mort comme mode de vie.

Pour choisir la vie, il aurait fallu de la conscience, de l’inconscience, du courage et de la cruauté. Les animaux choisissent la vie. Il n’y a pas de civilisation ; il n’y a que la culture de la mort. La vie se passe de culture ; elle est prédatrice et dévore tant qu’elle en a les ressources. La vie a pour unique fonction de se sustenter et d’être. Elle n’existe pas comme idée.

La nature n’a pas d’idée de la vie et la vie n’a pas de projet ; seuls les morts en ont.

Les uniques projets que je connaisse sont destinés à habiller, déguiser le processus de mort en dynamique de vie. Parce que ça fait mieux ; parce que les dieux de la mort n’ont pas la côte depuis que la vie est une valeur, qu’on l’a choisi comme valeur absolue.

C’est là où le bât blesse car la vie n’a pas d’intelligence et ne se soucie pas d’en avoir. Elle n’a que de la bio-logique ; elle n’est pas distincte de la survie. L’humain plus imbécile encore que les autres qui a distingué la survie de la vie est sûrement le même critique d’art idiot, le même spectateur hypocrite et bêtement bourgeois, qui voudrait une distinction entre pornographie et érotisme ; juste parce que ça lui fait mal au cul – aux idées de son cul, d’être sans importance.
Au fond, je suis d’avantage marqué par une modeste idée qui me traverse l’esprit que par un film de tâcheron avec toutes ses heures de travail. L’accumulation du temps de travail joue contre l’efficacité.

Sur une certaine voie ; sur une voie certaine. À bien y réfléchir, faute de mieux, je suis finalement pour la préservation de la connerie de l’espèce humaine. Parents, après avoir mis bas, suicidez-vous. « Ben mon colon, répondra-t-il, assis sur ses chiottes ».
Ben voyons, ne réagis pas comme ça. T’es plus dans l’ coup papa. Et alors, parce que je te dis des mots, tu crois que je te dis la vérité. Mais oui, je t’aime bien.

5. Le sentiment du travail – L’indicateur « labeur » – Le centrage sur sa liberté

Qu’est-ce que tu veux en faire ? – Qu’est-ce que tu ne veux pas en faire ? – Tout est bon. Tout est bien qui finit un jour prochain.

Peut-être que la pire des aliénations est d’avoir des parents qui vous aiment. Leur amour est un poison sirupeux qui vous colle les ailes et vous pousse à obéir.
Puis-je encore me sauver ? Par où ?
L’amour comme monnaie d’échange empêche de vivre.
Je comprends tellement qu’on se saoule de grandeur d’âme et de beaux sentiments, mais alors, que l’on soit seul. Qu’on ne fasse pas chier les autres avec son état. Alors donnez de l’alcool gratuit, de la drogue bas de gamme, de l’affection sans morale. Donnez sans réfléchir, sans calcul. Vous verrez bien après ce que vous avez perdu dans le naufrage, car il y en a de plus beaux que la réussite enjouée.

Eh bouillie de pixel, toi qui reçois mes mots graves, virtuels et ridicules, voici le programme de ma journée d’humain :

Je dois : remplir mon estomac, vider mes couilles, vider mes intestins, laisser aller ma tête, parfois tendre mes mains.

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4 réactions sur “Rien à offrir”

  1. Fraggle Punk Répondre
    1 mai 2011

    Scions les mots scions

    Derrière mon v(i)olet, j’ouvre un peu ma bouche pour aérer.
    Feu Naître.
    J’aime rien plus que la vie.
    Pourquoi ça tout le temps j’l’oublie j’sais pas.

    J’aime peu d’autres êtres.
    Vraiment.
    D(i)eux trois peut être
    Toi t’es dedans.

    Programme de ma journée : Hein?

  2. La Strada Répondre
    20 mai 2011

    Vendredi 29 avril : journée surréaliste

    Aujourd’hui une princesse épouse un prince charmant ! La pauvre, on a oublié de lui dire que les princes redeviennent souvent crapauds.

    Pour moi aujourd’hui les médias c’est rideau, je boycotte.

    Matinée de travail plutôt normale.
    12 h retour chez moi, petite promenade sur Internet.
    12 h 30 tout en répondant aux questions de Christina qui vient faire un peu de ménage le vendredi matin, je tente de faire l’analyse des humeurs matinales de monsieur Noir. (Rien à offrir)
    Malgré mes réponses assez évasives Christina insiste, elle a fermement décidé de me faire la conversation aujourd’hui. Moi je persiste dans ma lecture :
    Lecture : Avoir des parents depuis tout petit accentue forcément la propension spontanée à se faire enculer…
    Christina : » Et Hadrien (mon fils) comment va son travail chez Mc Donald « ?
    Lecture : Il n’y a rien dans la vie que d’attraper la queue du Mickey au bon moment et vivre sur ses acquis.
    Christina : » Vendredi j’ai nettoyé le frigo »
    Lecture : Je dois remplir mon estomac, vider mes couilles, vider mes intestins, laisser aller ma tête et parfois tendre la main.

    Etrange Cocktail, finalement assez raccord !

    13h 30 visite dans une école. La directrice vient au devant de moi avec un large sourire et me demande « Alors tu l’as vu sa robe? » Tiens me dis-je c’est un message codé. Non, non il s’agit de la robe de Kate.
    Désolée madame, pour moi aujourd’hui, c’est rideau.

    14 h grand réunion : l’ensemble du personnel a été convoqué par des élus et notre très cher responsable du personnel.
    C’est un festival : mensonges et langue de bois.
    Je me marre : Chouchou t’es vraiment trop mauvais, va prendre des cours de théâtre.
    Je me permets de la manière la plus élégante possible de pointer la principale contradiction, histoire de leur montrer qu’il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, ou plus précisément arrêter de nous prendre pour des cons.

    16 h : Je suis dans un bureau avec deux maires adjoints, deux dames très BCBG, nous sommes rejointes par un troisième, le maire adjoint aux finances. Ce monsieur fait une entrée fracassante : «Alors vous l’avez vu le baiser ?» Il me faut encore une seconde pour atterrir, j’en crois pas mes oreilles et mes yeux.
    Nouvelle entrée, je suis maintenant en compagnie de 4 sexagénaires tout émoustillés, les yeux brillants, le sourire béat.
    S’en suivent les commentaires sur les chapeaux, la beauté de la Princesse, et bla bla bla et bla bla bla…..
    J’essaie bien de casser un peu l’ambiance, mais c’est peine perdue. Ils sont vraiment trop mignons.

    J’ai une petite pensée pour la soirée de jeudi soir et je me dis que j’ai la chance de ne pas attendre une réincarnation pour vivre plusieurs vies !
    Bien malgré moi, Je suis gagnée par une bouffée de légèreté, comme si il y avait eu une distribution générale de joints aujourd’hui.

  3. LEURRE DU THÉÂTRE

    Dans le domaine artistique j’ai remarqué que des approximations, confusions, franches maladresses, malhonnêtetés littéraires flagrantes, voire parfaites inepties pseudo poétiques étaient admises avec une déconcertante facilité à travers une suspecte approbation d’un public distrait ou peu exigent, lui-même influencé, berné par l’adhésion d’une certaine intelligentsia entérinant ces oeuvres selon des critères n’appartenant qu’à elle…

    Par paresse naturelle du public qui ne détecte pas ces incohérences ou n’ose tout simplement pas les relever et les confronter aux auteurs, sottement impressionné qu’il est par l’aura supposée de l’œuvre, ainsi que par coupable mansuétude ou négligence de la part des critiques, des œuvres théâtrales, littéraires, poétiques incompréhensibles, bancales, imbéciles passent à la postérité.

    Dés lors, toute appréciation négative de ces oeuvres devient subversion, provocation gratuite, mauvaise foi aux yeux de leurs créateurs et surtout aux yeux des « cultureux » du milieu artistique qui les ont légitimées.

    Au théâtre par exemple, lieu privilégié de maintes expériences artistiques post-contemporaines, abus poétiques et nullités littéraires en tous genres, l’imposture artistique est encore plus aisée. Là, les oeuvres (maladroites) supportées avec une telle efficacité par les artifices scéniques les plus variés deviennent miraculeusement beaucoup plus digestes… Dans l’ordre normal des choses de l’art c’est le texte qui devrait supporter la scène et non l’inverse.

    J’en ai déduit avec consternation que l’on pouvait donner du lustre à n’importe quelle œuvre hermétique, complexe ou prodigieusement ennuyeuse pourvu qu’elle soit présentée sous forme théâtrale (avec ses faux éclats artistiques) et obtenir de manière certaine des applaudissements nourris ! Et ce, même si personne n’a vraiment rien compris à la pièce ni ne l’a appréciée pour le fond. L’œuvre, médiocre au départ, se perd alors dans les savantes fumées, subtils jeux de lumières du théâtre et de sa magie factice, se pare de l’artificielle noblesse conférée par les masques et capes flatteurs de la scène et, sournoisement, la forme prend le dessus sur le fond.

    Et le tour est joué !

    Prenant un soudain -et involontaire- relief grâce aux apports techniques et astuces scéniques du théâtre, l’œuvre, aussi infecte soit-elle, est acceptée par la critique -et à plus forte raison par le public- dupés, séduits par la pompe avant-gardiste ou le souffle superficiel avec lequel on a emballé le terne texte original (qui est la base de l’œuvre).

    Aux mensonges mondains de ce théâtre prétentieux j’oppose la simplicité, la clarté et l’humour tranchant du théâtre primaire. Ainsi avec Guignol, pas d’entourloupe intellectuelle ! J’apprécie la proximité, la franchise et la crudité de ce spectacle sain, accessible à tous.

    Le théâtre contemporain est une sorte de panthéon à la fois populaire et élitiste où quasiment toute oeuvre est officialisée d’office, faussement sacralisée par le simple fait qu’elle a été couchée sur les planches et que, touchée par leurs échos frelatés, elle résonne longtemps dans l’air du temps. Peut-être parce que le plancher du théâtre est finalement beaucoup plus creux qu’on ne le croie… Bref, c’est la reconnaissance par l’apparence. Ici les effets visuels servent à merveille les navets littéraires. Je compare le théâtre à une baudruche qui gonflerait les textes les plus minuscules par simple étalage des mots sur sa surface.

    Soyons réalistes : qui a déjà assisté à des sifflements à la fin d’une représentation donnée dans une salle de province ? Evidemment quasiment personne ! Au théâtre chez les spectateurs il existe un processus psychologique collectif perfide et implacable consistant à ne pas sortir de l’ornière, indépendamment du fait que la pièce soit brillante ou nulle.

    On ne va pas au théâtre pour faire de l’esclandre littéraire, pour se faire bassement remarquer auprès d’autres gens venus s‘offrir une agréable soirée… Le théâtre n’est pas l’endroit idéal où faire preuve d’honnêteté, d’indépendance de pensée, d’esprit d’analyse. C’est tout simplement un lieu festif et convivial.

    Et de fausse réflexion, à mon sens.

    Bref, c’est par pur mimétisme grégaire, convenance sociale ou simple courtoisie envers les comédiens que les gens applaudissent.

    Ou même, ce qui est beaucoup plus navrant, pour la simple raison qu’ils ont payé pour aller applaudir un spectacle, comme si leurs applaudissements justifiaient le prix du ticket d’entrée parfois chèrement payé.

    Qui dans une salle oserait, seul dans son coin et devant toute l’assistance réprobatrice, siffler, huer les comédiens, conspuer l’auteur de la pièce une fois la représentation terminée ? De même, avez-vous déjà vu un mauvais chanteur de rue recevoir des tomates à la face ? Dans la réalité les gens sont évidemment plus diplomates ! Ce que les gens de théâtre prennent pour une discrète adhésion à la pièce n’est parfois, si ce n’est souvent, qu’un poli silence de déception et d’hypocrisie.

    Ou d’indifférence.

    Dans la grande majorité les spectateurs déçus gardent leurs opinions pour eux, entretenant ainsi le malentendu.

    Au final, grâce à une certaine complaisance générale de la part du public et des « officiels » à l’égard de ces écrits mis en scène sur les planches, on peut aisément faire passer à la postérité des oeuvres insignifiantes que n’importe quel lecteur honnête et normalement constitué renierait sans hésiter s’il les lisait dans le texte au lieu de les subir sans discernement au théâtre.

    Le théâtre avec ses emphases et solennités -oppressantes ou ridicules- ne laisse ni la place ni le temps à l’esprit de contestation de se manifester, contrairement au texte nu que le lecteur affronte seul dans sa chambre.

    Ce texte fut rédigé en réaction à la pièce de théâtre » MON PÈRE, MA GUERRE » à laquelle j’ai récemment assistée. Son auteur ayant pris connaissance de mes réflexions et croyant que je parlais exclusivement de son oeuvre à travers cet article me manifesta son étonnement. Il me semble donc utile d’ajouter ceci en complément à mon article :

    A travers mon article ci-dessus je ne parlais évidemment pas de la pièce « MON PÈRE, MA GUERRE » en particulier mais d’une partie de la production littéraire contemporaine en général, dont celle qui est destinée à être jouée sur des scènes de théâtre.

    Il est vrai que cet article a été directement inspiré par la pièce « MON PÈRE, MA GUERRE », mais mon discours à travers cet article ne se cantonne pas à cette oeuvre spécifiquement. Disons que la pièce a été un déclencheur après une accumulation de contrariétés vis-à-vis de certains abus artistiques et littéraires.

    Les qualificatifs employés ici ne s’appliquent pas tous nécessairement à l’oeuvre »MON PÈRE, MA GUERRE » mais à l’actuelle production littéraire en général d’inspiration « post-modernisme » comme on dit.

    Que j’aime ou non la pièce « MON PÈRE, MA GUERRE » n’a rien voir avec mon jugement qui est purement intellectuel, émis avec le plus d’honnêteté possible, indépendamment de mes goûts culturels ou appréciations émotionnelles.

    Ici je vais tout simplement jusqu’au bout de la démarche consistant à saisir l’oeuvre dans son entièreté, à la soumettre à l’épreuve du spectateur. Je parle de l’authentique spectateur ici, non du simple quidam sans particulière exigence ne cherchant qu’une passagère et confuse distraction dénuée d’analyse, distraction qu’il aura oubliée une fois passée la porte de sortie du théâtre…

    Que l’on comprenne une chose : je ne suis pas là pour m’amuser à dénigrer stérilement une cause mais pour faire preuve d’honnêteté, de courage face à ces oeuvres que l’on me présente.

    Applaudir benoîtement est très facile, c’est même une sorte de réflexe grégaire difficile à contrôler et à la portée de tous les publics du monde. Admettre envers et contre tous que l’on est perplexe, insatisfait devant une oeuvre que l’on a perçue comme hermétique, complexe, improbable et préférer faire le choix d’une démarche approfondie dans la réflexion c’est, à mon sens, un acte de vraie liberté en tant que spectateur. Au lieu de subir une oeuvre et d’y adhérer par lâche mimétisme je décide au contraire de lui opposer un regard souverainement lucide.

    En allant voir la pièce « MON PÈRE, MA GUERRE » j’ai fait le choix d’aller au-devant de cette oeuvre avec un esprit ouvert, sans préjugé, un coeur sain.

    Mais puisque ses subtilités supposées m’ont totalement échappé, je me confronte donc à cette oeuvre avec les armes d’une réflexion honnête et sans complaisance. Je n’ai aucun plaisir particulier à décrier un auteur, une oeuvre, un système. Ma véritable satisfaction est de défendre l’art dans sa justesse, sa vérité, son authenticité.

    D’ailleurs les vrais responsables de la « médiocrisation » culturelle et de la prétention littéraire ambiante ne sont pas les auteurs eux-mêmes mais leurs éditeurs, ceux qui leur donnent ce ticket d’entrée officiel pour la reconnaissance. Ce n’est pas vers les créateurs essentiellement que vont mes reproches, loin de là, mais vers les décideurs culturels qui font des choix navrants.

    Le manque de perspicacité, de volonté d’approfondir les choses, d’aller jusqu’au bout d’une démarche d’analyse esthétique, artistique, littéraire de la part de la majorité du public contribue à un regrettable malentendu dans le domaine culturel et intellectuel. Une bonne part de « facteur psychologique » influe également (dans le mauvais sens) et par conséquent fausse les jugements, anesthésie les bonnes volontés dans ce processus consistant à appréhender une oeuvre avec le maximum d’honnêteté.

    Bref, au cours de ces réflexions, confrontations avec les auteurs (principalement les auteurs de littérature), études des différentes psychologies tant chez les auteurs que chez leur public, examens minutieux des textes « litigieux », exercices de ma sensibilité par rapport à certaines oeuvres -démarche personnelle qui n’a rien d’oiseux- l’évidence s’impose de plus en plus : l’authentique littérature est une eau claire et non une onde trouble, non une atmosphère enfumée, non un nuage d’inextricables pelotes de symboles… Simplicité, clarté, élégance, telles sont, selon moi, les parures chastes, humbles, sobres et belles de l’authentique littérature.

    Pour résumer, un véritable auteur n’écrit pas pour lui-même mais pour les autres.

    Je compte donner un écho plus général à ces réflexions, dans un second temps.

    Raphaël Zacharie de IZARRA

  4. Fraggle Punk Répondre
    21 mai 2012

    Et ben Raphaël Zacharie que le dernier ferme la porte!?
    Il arrive quand « l’écho plus général à tes réflexions »?
    Hein ma crevette?
    C’est quand le second temps qui voit s’écouler « avec simplicité, clarté et élégance ton authentique littérature aux parures chastes, humbles et sobres » ? Nan paske là… à deux jours près, ça fait quasiment un an qu’on attend…
    Tu t’es étouffé avec ton dico de synonymes ou t’as succombé à une apoplexie en allant voir un autre spectacle responsable de la médiocrisation culturelle :
    MA MERE, MA GAINE ?

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