Nature et objectifs des stages

Formation continue à la pratique de la scène et au jeu d’acteur Scène Vivante

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Stages d’interprétation, d’improvisation et de création scénique contemporaine

1. Nature des stages

Les stages constituent l’environnement idéal pour s’immerger dans le jeu et côtoyer des univers variés. Ce sont également les tremplins absolus pour se retrouver projeté/e vers ses propres mondes créatifs souvent insoupçonnés ou jusqu’alors, envisagés avec une envie mêlée de crainte et d’excitation. L’ambiance et l’environnement d’un stage tend à rendre toutes ces expressions possibles. On n’y vient pas simplement chercher un enseignement, mais explorer ses libertés et exploiter son potentiel personnel tout en se frottant à celui des autres.

Les stages ouvrent à tout le monde une porte d’entrée vers la scène.

Ils ne prétendent à rien de plus.

Ils ne sont ni une promesse d’embauche sur des projets à venir, ni une forme d’audition déguisée comme il est fréquent d’en voir proposée. Le travail ne se situe pas dans ces sphères de la professionnalisation du théâtre ou autre. En tous cas, pas de cette façon là.

Ils incarnent potentiellement en revanche, à chaque session sous une forme différente, des clefs qu’il est possible de réunir en un trousseau personnalisé selon sa composition, la fréquence de sa pratique et l’usage que l’on désire en faire. Mieux que des clefs se sont des passepartouts, configurables à souhaits par imbrication, superposition, enchaînement …

Ils ouvrent à l’utilisation possible de sa poésie propre. Ce sont des passe-droits ; les autorisations qui manquent parfois dans son éducation et que l’on n’a pas trouvé moyen de se donner tout seul pour légitimer son envie. Il n’y a pas à éprouver de honte à cela, car il est dur, en effet ; extrêmement dur même dans notre société, de trouver la place, l’énergie et le canal d’une expression individuelle et singulière, hors les sentiers battus par d’autres et qui ne nous concernent pas toujours au premier chef.

Chacun, et un artiste plus que quiconque, travaille exclusivement à son développement propre en matière de création. Il est certainement nécessaire qu’il en soit ainsi pour que l’inventivité trouve son caractère authentique. Cela ne justifie pas pour autant à mon sens, l’imbuvable folie de quelques artistes à se croire indispensables à la marche du monde, ni la place que le dit monde se croit, une ou deux fois par décennie, obligé de faire à quelques symboles pour rattraper l’inaccessibilité aux richesses qu’il entretient vis à vis de la majorité de ces mêmes artistes le reste du temps. Ils ne sont évidemment pas les seuls à se voir mis au banc d’un mouvement économique global, mais c’est là relativement un autre sujet.

Les passages et conduits qui mènent à une expression personnelle existent déjà en chacun/e. Ils sont préexistant à la conscience même. Tout être humain se donne en spectacle. Il ne peut rien faire d’autre pour communiquer et surtout, il ne sait pas faire autrement. De cet état de fait découle beaucoup de malentendus de la vie courante, affective et professionnelle.

2. Qui joue quoi, à quoi, dans quel but ?

Difficile à déterminer.

C’est lorsque l’on se croit sincère que l’on est souvent le plus naïf vis à vis de soi, voire le plus bêtement présomptueux et à côté de la situation qui se présente. Ainsi la multitude des comportements inconscients d’eux-mêmes fait le talent inventif du genre humain autant que sa prétention insupportable et, à grande échelle, souvent catastrophique dans ses conséquences.

Pourquoi donc se préoccuper, au milieu des dizaines d’astreintes que la vie déjà nous imposent, de tenter de donner libre cours à sa pensée poétique, aux actes artistiques qui en découlent ?

Essentiellement pour répondre à deux appétits secondaires de la vie et peut-être justement de ce fait, indispensables à nous caractériser en tant qu’être pensants :

  • Aller voir plus loin.

En d’autres termes, élargir son champ de vision sur sa propre existence et l’environnement dans lequel elle se développe ; rendre plus mobile l’orientation de son regard sur les êtres, les situations et les choses.

Découlant naturellement de ce premier point :

  • Contribuer à modifier et peut-être améliorer, même infinitésimalement, outre sa propre qualité de réflexion et de sensibilité, la nature de ce vaste monde qui ne va, ne nous leurrons-pas, que dans le sens où ses habitants le mènent.

Il existe un troisième et fondamental avantage à vouloir plonger dans ce mystère poétique qui caractérise notre étrange espèce, située au stade actuel de notre évolution, rappelons-le, à mi-chemin entre animalité primitive et digression philosophique la plus raffinée :

Il s’agit du goût paradoxal de la complexité.

Oui, nous aimons nous compliquer la vie au sens premier de cette expression. Nous éprouvons un plaisir à ne pas nous en tenir là où l’équilibre pourrait satisfaire sa loi. C’est là que réside le siège de tous les progrès.

Cette jouissance intellectuelle, sous ce vocable justement d’ailleurs péjorativement employé, d’intellectuel, est volontiers dénigrée par des tempéraments volontairement frustes. On peut d’ailleurs aisément comprendre et admettre à travers cette autoprotection revendiquée, la crainte de s’emmêler les pinceaux et souffrir inutilement en se sentant menacé de noyade dans une vie déjà brouillonne et difficilement gérable.

Là où cette prise de parti s’avère trop courte, c’est à l’endroit où elle se targue de vouloir ignorer tout du plaisir particulier qu’il y a pour l’être humain à réfléchir sa condition et au-delà, celle de ses semblables et la nature animale dont nous n’avons de cesse de vouloir nous extraire.

Pourtant, tout n’est pas que désolation à se heurter à la limite de ses possibilités. C’est même le contraire, si l’on ne se contente pas de faire de ce constat une plainte malheureuse et centrée sur elle seule.

La colère est un sentiment dévastateur mais actif, générateur de changements et qui a le mérite d’encourager l’affirmation de soi.

La plainte, le larmoiement, la complaisance râleuse, la revendication qui se contente de s’exprimer sourdement, constituent un panel de solutions de replis sur soi sans aucun autre effet positif que d’entretenir son immobilisme. Le soliloque anxieux, grognon ou désespéré a l’unique vertu d’assurer que rien ne change pour soi et de conforter la mauvaise foi qui ne veut pas reconnaître une carence en audace.

Il faut pourtant une infime dose de courage pour s’avancer d’un pas, en pensant tout haut : « Je suis ».

Rien à voir avec celui qu’il doit falloir pour, contraint et forcé, aller au combat défendre son pré carré. Le courage d’être artiste est un courage médiocre, à la portée de tous. Ce n’est pas là que réside sa valeur, donc autant ne pas faire de son expression une entrave à lui donner l’occasion de naître, car c’est ensuite seulement que le travail commence.

Une fois franchi le seuil, il ne s’agit pas de courage, mais de dé-tricotage de ses apriori, croyances, fantasmes et autres chimères sur ce que peut être la qualité d’une proposition artistique qu’il va falloir entreprendre pour ne pas se contenter d’être un simple faiseur ; ce qui dans ce cas, reviendrait à d’être sorti d’une ornière pour tomber dans le puit d’un obscurantisme marchand bien plus obscur.

La masse de remises en cause et de questionnements peut être considérable selon l’endroit d’où l’on est parti. Il faut dès lors être ouvert/e à se découvrir autre que ce que l’on imaginait jusqu’alors. Nettoyer la vitre du miroir, voilà le travail et il s’agit qu’elle soit bien propre. Un petit coup de chiffon ne suffit pas. Limpide et lucide, c’est sous cet aspect que doit se rénover le regard. Artefacts culturels et moraux sont grattés et supprimés sans rien rayer de la couche principale. Sous la glace, un tain impeccablement restauré attend d’être vu, lu, sondé, décrypté. Cette image là contient toutes les autres ; celles à venir en particulier, qui seront propres à guider l’auteur/e vers ce à quoi il/elle veut tendre. Car ce choix existe. Aucune œuvre n’est déterminée d’emblée par les seules aptitudes de qui va la produire. Tout est permis.

Composer, se projeter, inventer de toutes pièces sont les outils de la mise en scène. Il serait atrocement réducteur et dangereusement susceptible de nous faire entrer à nouveau en religion, que d’invoquer une sincérité tout droit sortie de la pire des culpabilités, comme devant préexister à l’œuvre ou au geste. À ce stade, nous ne devons plus rien à personne et c’est bien tout l’intérêt de la démarche : s’octroyer un gigantesque univers de liberté à partir d’un minuscule et étroit corridor. Tout commence donc par regarder ailleurs que là où on est censé devoir le faire.

Sous les jupes, dans les pantalons : cela commence à s’avérer plus facile qu’il y a quelques années encore. Mais le bouclier phénoménal du monde social désamorçant toute agression ou faille de son système en effet de mode, il est nécessaire de sans cesse tout recommencer depuis la source pour conserver son indépendance de pensée et une véritable latitude de comportement.

Ainsi, contre les vents, les marées et les déceptions quasi rituelles et permanentes, l’artiste créateur se doit d’être un Sisyphe joyeux, car toute sa force réside dans une inaltérable obstination à recommencer de rien ce qui risque de le mener nulle part.

Entre les deux, le voyage est fantastique et à nul autre comparable sur le plan intime du sentiment de soi.

Sisyphe sur Wikipédia | Lien sur idixa.net vers un extrait du texte de Camus « Il faut imaginer Sisyphe heureux » 

3. Objectifs des stages

Les thématiques proposées dans les stages Scène Vivante sont très variées, mais leur abord vise toujours un même but : l’épanouissement de l’individu à travers la puissance du collectif.

Cela ne peut se faire que dans un cadre rassurant et empathique, où la limite – non morale, mais éthique – est naturellement donnée par une considération mutuelle. Dans cette optique, le terreau propice au jaillissement de toutes les formes de jeu peut se traduire par deux concepts essentiels et fondamentaux: vigilance de l’écoute et bienveillance du regard. Il s’agit de les semer et de les cultiver ensemble, en préambule à toute activité ludique en commun. Le premier fruit précieux de cette germination est l’éveil des esprits et des corps au « présent ».

Sortir de l’anesthésie quotidienne de sa propre curiosité au monde et de l’enfermement sur soi pour devenir observateur/trice de ce qui advient « ici et maintenant » est à la fois le but et la clef.

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