L’Ovule et le Narcisse

De l’amour imbécile d’un metteur en scène pour les acteurs

Je suis un ovule qui engendre des champs de narcisses stériles

Je domine, m’a-t-on dit un jour. Whouaf wouaf wouaf ! La bonne blague.

Créer du spectacle ou du lien participe de la même chimie. S’il était vrai que je domine ce serait à travers le désir d’être fécondé, par appétit d’en apprendre plus, de m’amuser plus, d’échanger plus, de jouir plus.

Les narcisses ne régénèrent qu’eux-mêmes, jouissent de ce petit dépassement de s’être entrevus dans la glace. Ça suffit à exciter leur émoi. Et moi, et moi, et moi. Un million trois cent cinquante sept mille citoyens chinois ; émoi ! La planète génère ceux qui se nourrissent d’elle. Tous l’exploitent ; on dit qu’ils la cultivent. Me cultive-t-on comme une bonne vieille terre nourricière ?

Aigrie culture intensive

Comment se payer de retour ?

"Narcisse perdu" - David Noir - La Toison dort - Photo © Karine Lhémon 2008
« Narcisse perdu » – David Noir – La Toison dort – Photo © Karine Lhémon 2008

On pompe mon cytoplasme davantage qu’on ne me féconde.

On donne à voir, à boire ; on arrose la base du Narcisse et on reçoit du « encore ! »

Comment diable faire pour créer réellement, engendrer, enrichir son substrat sous les trompes avides d’appétits qui ne veulent rien d’autre que se satisfaire ? Pas moyen. On comprend mieux alors le regard froid et détaché du chercheur sur ses drosophiles. Pas d’état d’âme. Il collecte du matériel génétique sous l’apparence de faire proliférer l’espèce. Il faut se méfier de la transparence des bocaux et de leurs parois de verre tout comme de celles au sein desquelles émergent les relations. Qui produit sans souci de s’extirper du bocal, se retrouve lui-même dans sa propre cage.

Il faut se dissocier de sa propre manne si on veut s’éviter d’être dévoré sans discernement avec. La consommation est pavée de bonnes intentions enthousiastes. « J’aime, j’adore, j’en veux encore. » On discute le prix ; on en redemande, mais on trouve ça trop cher. Il faudrait avoir tout pour rien et tant pis si on vide la grosse cellule de son contenu et qu’on laisse derrière soi la membrane inutile et inerte. Elle n’avait qu’à y penser avant ; ne rien produire de si attirant que d’autres ne savent pas faire. Bien fait pour elle après tout ; elle n’avait qu’à n’avoir rien à dire de plus que quiconque. Il y a de la vengeance en substance dans cet amour là. Peut-être pas adressée à qui de droit.

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