Infirmités des marionnettes

« La marionnette de soi » est une des appellations que j’utilise pour nommer une technique d’improvisation.

Moi je construis mes marionnettes

1. « Je » fait face à « nous »

Je… ne vois rien d’autre de possible que de se cantonner au « je ». Parce que l’autre n’est pas moi. Parce que l’autre porte en lui une part insupportable qui n’est pas moi, mais le serait tout autant si elle était moi. Car il y a autant d’insurmontable à me supporter moi-même que cet autre qui n’est pas moi.

J’ai deux problèmes à résoudre dans l’existence : survivre et vivre.

Et vous, vous autres, vous ne gagnerez pas contre des ados tendus comme des arbalètes en suivant la logique d’une vieille pensée ; une pensée d’adulte qui voudrait pouvoir au moins moraliser ceux-là qui s’en fiche pas mal de la morale.

Des enfants jouent à la guerre plus vraie que nature

Si escalade il y a, c’est à qui sera plus impliqué dans la conquête de l’autoritarisme. « Va faire tes devoirs » dit l’un. « Baise mon cul » répond l’autre. « Monte dans ta chambre » dit l’un. « Va chier, vieux con » rétorque l’autre. Entre enfants mal élevés et professeurs imbus, reste la place de la litanie des mous et des démunis en panique de devoir répliquer quelque chose face à la violence naturelle qu’ils croyaient n’avoir jamais à combattre. Bredouillage démocratique terminé à la pisse. Case départ des civilisations. Reprends ta copie.

2. Qu’est-ce que produit une tête ?

Marionnettes sans corps © David Noir 2016
Marionnettes sans corps © David Noir 2016

Etrange question qui sous-entend qu’il ne faudrait pas obligatoirement toujours structurer sa pensée mais laisser un peu filer son développement naturel et regarder à quoi ça peut bien ressembler en dehors du social. Ici, les raisonnements spécialistes s’affaiblissent.

Je ne suis qu’un exemple d’humanité actuelle. Je me prends comme tel en tant qu’objet, juste une marionnette de plus.

Mais pour autant ni objet d’étude, ni objet d’exception ; objet fruit d’une période, d’une époque et d’un monde. Comme tout le monde, je n’ai rien à dire, au sens de « tu n’as rien à dire » ; « tu ferais mieux de te taire ». Pourtant, dans mon inutilité grandissante au fur et à mesure que j’avance en âge, car telle est la réalité du vieillissement de toute chose, il reste cet outil d’importance : celui de se sentir libre de dire, de proférer, d’écrire tout et n’importe quoi, surtout ce précieux n’importe quoi, essence unique de ce que ma tête peut produire et ce, surtout, en dépit du « bon sens ».

Car personne n’a le pouvoir de me l’indiquer aujourd’hui ce sens qui serait le bon. Toutes et tous échouent à ce jeu du plus fin. Donc, il ne reste que moi, toi ; chacun dans sa bulle de solitude au fil de la plume. Avec le mince espoir vaniteux quelque part, que cela sonne ou résonne, comme une cloche de bronze. Vaniteux mais pas uniquement. Car un tout aussi mince plaisir poétique résiste, continue d’exister ; se rengorge en suivant le fil ténu du sentiment de la créativité. Faiblard, pâlot ; ça veut y croire encore tout en s’éteignant tout à fait, à cette liberté relative de laisser s’échapper des mots ; un peu plus que des signes au cœur d’un gribouillis. Même pas de papier ; l’ordinateur. Virtualité du virtuel. Inutilité totale.

3. C’est dans l’inutilité totale de son existence que l’impact de l’impuissance prend corps

Voyez-vous ça. Ça voudrait survivre quand même. Mais qu’est-ce qui peut bien guider ce qui n’est pas même une rage ; presqu’un jeu nécessaire à soi et un peu au-delà, parfois et de manière infime, utile ?

Mais tout ne pousse-t-il pas sur ce modèle ? Roman, chant, religion, sociologie, blabla … C’est ça le monde des humains. Aberrantes marionnettes, une fois sans corps, une fois sans tête ; ne trouvant de raison d’être qu’à ériger leur propre statuaire. Et pourtant ça tourne. Et pourtant ça ne vise qu’à écrire sa propre histoire. C’est là l’unique objectif de l’Homme : persister à se raconter lui-même. Malgré et avec les guerres, les moments de joies et de croyances aussi euphoriques, narcissiques et stupides les uns que les autres. C’est ça l’humain ; content de vivre. L’imbécile heureux, mis à part quelques suicidaires venus faire la nique aux autres. Il n’y a que des enfants pour prendre leur existence au sérieux à ce point là.

Mon Dieu – qui malheureusement finalement n’existera jamais – ça serait pourtant si simple d’être les enfants de papas/mamans, doubles parents fouettards/cajolants, marionnettes bicéphales empathiques et télépathiques ? Ne peut-on purger l’homme de sa conscience vaniteuse de lui-même ? Pourquoi lui avoir laissé trouver la parole ? Quel crime insondable que l’expression !

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